« Etre libre », l’exposition de Ben

« Etre libre ». Ce titre d’exposition est plus que jamais d’actualité après ce long confinement qui a perturbé chacun dans son quotidien. Une façon certainement de nous rappeler combien cette liberté est précieuse, et qu’il faut encore et toujours la défendre, avec force et courage. Voici donc l’exposition de Ben, un artiste contemporain impertinent, connu pour ses messages qui nous questionnent, nous font réfléchir, nous poussent dans nos retranchements, et parfois aussi nous font rire. A découvrir, pas moins de 400 de ses oeuvres, disséminées au sein du Château du Domaine départemental de Chamarande, dans l’Essonne.

Ben Vautier, vous le connaissez forcément. Enfin disons plutôt ses messages chocs, familiers, souvent philosophiques, parfois drôles et inventifs. Par exemple : « Le style c’est moi » / « Ecrire c’est peindre des mots » / « La vie est un film » / « De quoi avez-vous peur ? » / « Chacun sa vie, chacun ses poches » / « Il faut se méfier des mots » / « Tout est une question d’envie » / « Et surtout n’oubliez pas de tomber amoureux » / « Le hasard est partout » / « Je cherche la vérité. »

C’est en effet sa marque de fabrique, des phrases courtes, impactantes, qui interrogent le sens de la vie, l’Art, et chamboulent. Son oeuvre, inclassable, est le résultat d’un esprit critique qui remet en cause tout et tout le monde. On le dit d’ailleurs « nouveau penseur de l’Art ». Mais il est difficile de l’étiqueter donc, car ses créations ne rentrent dans aucune case. Il provoque, innove, crée, interroge, dérange, fascine grâce à des oeuvres conceptuelles novatrices.

Au sein des pièces du château nous voici plongés dans son univers selon des thématiques précises qui nous interrogent sur notre condition, notre rapport au moi, notre époque, le temps, la société. L’Ego, les miroirs, les petites idées, les portraits, etc… sont quelques uns des chapitres à découvrir.

L’EGO

« Il n’y a pas de vérité mais que de la survie et de l’égo. L’égo est une de mes matières favorites. D’abord je l’ai en face de moi, en moi. Il me suffit donc de me poser des questions et d’y répondre. Mon intérêt sur l’égo rejoint ma théorie générale de l’art que toute vie est survie et que l’égo est une forme de survie ».

LES ECRITURES 

« Je ne m’arrête jamais d’écrire. J’ai deux tiroirs plein à craquer de slogans, d’aphorismes, de confessions. A partir de 1970 on me reconnait en tant qu’artiste, qui fait des écritures. Moi qui reprochais aux artistes de se répéter continuellement je me trouve en train de me répéter à écrire sur des toiles noires ou sur fonds blancs. Je cherche néanmoins des choses nouvelles à dire et à écrire, à souligner. Hélas j’ai peur aussi que cela ne devienne un style, une forme de goût, donc détestable. Je m’en veux beaucoup lorsque mes textes contiennent des aphorismes et des banalités pontifiantes ».

LES PORTRAITS

« Quand j’ai un cadeau à faire, je ramasse n’importe quoi, je mets deux yeux, une bouche et je le donne en disant : c’est ton portrait. Je vois toujours des têtes partout. Vous me montrez une casserole, j’y vois une tête. Deux chaussures par terre je vois une tête. C’est même devenu un problème pour moi de ne pas les voir. Je me rappelle que ma mère disait : « Le petit fait des portraits très ressemblants. » C’était pas vrai. Néanmoins, aujourd’hui je me sens libre de faire des têtes. »

LE SEX-MANIAC

« Chaque fois que je me trouve seul avec une femme près d’un lit, je fous le camp. Il n’y a pas qu’un Ben ethniste ou un Ben sous-Duchamp, mais aussi un Ben qui a des fantasmes. Tout le monde a des fantasmes, y compris Chirac, Mitterand, Clinton. Si on les connaissait ça irait mieux. »

LES MIROIRS 

« Je n’aime pas me regarder dans une glace, mais j’aime les glaces à la pistache. Mes premiers miroirs datent d’une discussion avec Yves Klein et Arman en 1961. Nous avions parlé du thème de la représentation du monde dans la peinture. Je leur avais déclaré : je signe les miroirs car si on cherche la représentation pour la représentation, en signant les miroirs je signe le portrait le plus parfait. Je fus ensuite un peu jaloux de Filliou qui reprit le miroir en le nommant le portrait de Dieu ».

PROVOCATION ou DENONCIATION ?

La société de consommation, la guerre, le politiquement correct, le racisme, la manipulation, les conditions sociales, etc… de nombreux thèmes que Ben dénonce à travers ses créations, révélant au passage son grand humanisme, son souhait de clarté, sa quête de la vérité et aussi le souci du partage pour transmettre. C’est certainement en cela que Bernard Blistène, à l’Art Basel 2019, déclarait que « Ben est à lui seul l’homme à la recherche de la vérité, sans doute un moraliste. Jamais un moralisateur« .

Mouvement Fluxus et Actions de rues

Puis à l’Orangerie du château l’exposition revient sur ses débuts artistiques lorsqu’il participait notamment au mouvement Fluxus, initié en 1962 par l’artiste lituanien George Maciunas. Ce courant qui n’est pas en quête de beauté veut désacraliser l’Art, le populariser, le vulgariser, en valorisant l’action directe et participative. Ben est un donc un artiste, un peintre, et aussi un « performeur ». On le dit souvent « artiste de rue » lorsqu’il pratique ses « actions de rues ». Il définit comme Art des gestes du quotidien comme patienter à l’arrêt de bus, ou manger des pâtes installé à une table en pleine rue. Et puis il participe aussi à l’Ecole de Nice avec ses amis artistes Daniel Spoerri et Yves Klein. L’exposition retrace donc cette première partie de son oeuvre en présentant quelques unes de ses créations des années 1958 à 1978.

Enfin, un conseil : n’allez pas au Domaine de Chamarande dans l’idée de visiter le château, car bien que le bâtiment Louis XIII soit très beau de l’extérieur, les pièces sont vides et la découverte ne vaut que pour l’exposition en cours. Quelle déception d’ailleurs de découvrir ces bâtiments historiques utilisés par les archives départementales, au sein d’un parc immense de 98 hectares, vides et sans dynamisme, qui n’ont d’intérêt que pour les événements ponctuels qu’ils accueillent. La chapelle est d’ailleurs fermée. Et la location de barques sur le plan d’eau à l’arrêt. Dommage.

Et si vous aimez l’Art avec un grand A et que vous cherchez à vous émerveiller devant des oeuvres classiques en quête de beauté, ou de sacré, cette exposition n’est pas non plus pour vous, car Ben est définitivement un artiste iconoclaste, provocateur, hors catégorie. Les émotions produites par ses créations ne seront probablement pas ni l’extase, ni l’admiration, ni la sérénité, mais plutôt la surprise, l’étonnement, la joie et l’intérêt. Donc pas d’ennui ni de colère à l’horizon. Ses détracteurs diront pourtant qu’on dirait des créations d’enfants, que ça les dégoute parfois, ou que c’est tout simplement moche, mais chacun ses émotions et son univers artistique, et encore faut-il s’intéresser à l’artiste pour comprendre son message…

A bon entendeur !

(Bon, ça fait donc deux conseils en fait).

Moi aussi je cherche la vérité.

Voilà c’est dit.

 

Exposition « Etre libre »

Domaine départemental de Chamarande

38, rue du Commandant Arnoux

91730 Chamarande

Tel. : 01 60 82 52 01 et 01 60 82 26 57

Post scriptum : Ah oui, juste une chose au sujet de laquelle Ben est quand même à côté de ses pompes… « Paris n’est pas le centre du monde ». Alors là il a tout faux ! 🙂

 

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