La disparition

Connaissez-vous ce livre de George Perec intitulé « La disparition » ? Publié en 1969 il est un exploit d’écriture où l’auteur a fait le pari fou d’écrire sans la lettre la plus utilisée de la langue française. « Un rond pas tout à fait clos finissant par un trait horizontal ». Vous voyez ?

Cet article s’intitule « Disparition » car je refuse d’écrire quelque mot angoissant comme « confine…t » ou « isole…t » ou encore « enferme…t », même si c’est bien les sentiments que je ressens au plus profond de moi. Hors de question non plus de mentionner le nom de ce virus qui rythme nos quotidiens depuis des semaines et bientôt des mois. Je n’en peux plus de cette pandémie qui nous empiffre à nous faire dégueuler matin, midi et soir, et même H24 sur les chaînes d’infos. Disparition. On attend que ça qu’elle disparaisse pour que tout revienne à la normale.

Quinzième jour à la maison et ce soleil de début de printemps, froid et lumineux, qui nous nargue depuis le début. Drôle d’anticyclone, drôle de météo, drôle d’époque, drôle de monde. Aujourd’hui la vie a un nouveau rythme, un rythme plus calme, un rythme plus lent surtout, plus paisible, mais juste en apparence car les gens sont angoissés et inquiets, et certains ont peur.

Il y a quelques semaines on riait en regardant les Chinois essayant de s’occuper, cloîtrés chez eux depuis des lustres. Certains faisaient leur jogging en courant autour de leur table de salon, quand un autre en masque et tuba s’entrainait à plonger et nager sur son lit. Et on compatissait gentiment en les plaignant, mais aujourd’hui c’est tout simplement notre tour. Ironie du sort.

Chacun s’occupe comme il peut et les vidéos les plus insolites les unes que les autres fleurissent sur les réseaux sociaux. J’ai une copine qui a revêtu sa robe madras antillaise et qui s’est filmée en train de chanter et danser sur Kassav, et elle l’a envoyé au groupe WhatsApp pour nous apporter un peu de joie et de bonheur. Une autre a pris le relai en train de danser avec son balai de ménage en jogging de maison sur de la dancehall. Une amie encore m’a parlé d’un homme qui se filme en train d’épiler à la pince tous les poils d’une fraise un par un. Il termine la vidéo en annonçant que le lendemain il s’attaquera au kiwi. Stupide et drôle, non ? Les infos ont aussi parlé de ce sportif qui a couru 6000 aller-retours sur son balcon pour s’entraîner au marathon pendant plusieurs heures. Un exploit.

Chacun s’occupe comme il peut : on regarde la télé, on lit, on téléphone, on cuisine, on mange, on fait la sieste, et le lendemain on recommence. Moi je ne supporte plus la télé, ni ce canapé. Je crois que j’y ai essayé toutes les positions avec tous les plaids confortables et douillets de la maison, et avec mon chat calé entre les coussins ou sur mes genoux. La télé m’abrutit, et pourtant je passe le plus clair du temps sur Arte à regarder des « programmes intelligents » comme dirait mon père.

Le président, lors de son allocution télévisuelle, a parlé de revenir à l’essentiel. « Lisez » a-t-il dit. Il a raison. Lorsqu’on était enfant on apprenait bien à lire et à écrire chaque jour à l’école, et désormais que nous sommes adultes on lit peu et on n’écrit plus.

Réveil quotidien à 9h, si mon chat ne s’en est pas chargé, et cette migraine à me taper la tête contre les murs. J’ai parfois l’impression qu’on a remplacé mon cerveau par une boite avec un grelot de chat à l’intérieur qui roule et qui tape contre les parois. Ou encore pire, une espèce de liquide rouge, comme celui qu’on voit dans les films, remplir des tubes pour activer une bombe créée par des terroristes. Voilà mes migraines.

La ville est calme, la rue presque silencieuse, on entend à nouveau le chant des oiseaux. Plein de choses ont disparu. Les voitures, les livreurs, les gens pressés, les promeneurs, les sportifs. Plus de cris ni de rires d’enfants dans la cour de récréation de l’école. J’entends même le chat de la voisine d’en face quand auprès du portail il miaule après un oiseau. Mais reclus dans leurs appartements les habitants sont là et ils se réveillent chaque soir à 20h00 pour applaudir aux fenêtres les soignants qui mènent avec courage et dévouement le combat dans les hôpitaux. C’est à la fois émouvant et surprenant. Incroyable comment face à l’adversité les foules peuvent se mobiliser. Cela m’a toujours impressionnée et émue de voir comment les peuples peuvent se soulever et s’unir face à l’injustice, ou se rassembler pour fêter et partager un événement national. J’ai tellement de confiance et d’espérance dans notre Nation.

Vivement qu’on puisse traverser cette fenêtre pour sortir et reprendre notre vie !

En attendant #restezchezvous

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