Les chimères de Codex Urbanus

Codex Urbanus est son nom d’artiste. Longue barbe, crête poivre et sel, jean, T-shirt et baskets, à la cool. Ce street artiste parisien autodidacte dessine un bestiaire d’animaux fantastiques depuis quelques années sur les murs de Paris, et notamment à Montmartre où il a laissé l’emprunte de ses marqueurs Posca un peu partout.

Codex dessine furtivement, illégalement, à la faveur de la nuit des animaux hybrides, chimères et monstres qui n’existent pas et heureusement ! Nous avons eu la chance de le suivre pendant la création et la mise en place de cette exposition originale, et le soir du vernissage. Alors rendez-vous dans les égouts de Paris où La Mairie de Paris accueille Légendes Souterraines mais attention claustros et achluophobiques s’abstenir. Allez, on se faufile dans les galeries nauséabondes.

Les égouts de Paris, Pont de l'Alma

Le monde mystérieux des égouts

Les égouts à Paris c’est 2400 km de galeries souterraines, autrement dit une ville sous la ville. Pont de l’Alma, le Musée des égouts permet aux visiteurs de comprendre la gestion de l’eau et ses enjeux environnementaux, mais cet été en juillet il fermera deux ans pour rénovations. En attendant il y a là plein de couloirs sombres, de voûtes obscures, de passages étroits, un terrain de jeu idéal pour un street artiste à qui l’on a donné carte blanche.

Selon Codex « les égouts de Paris c’est un monde interdit et onirique, un immense labyrinthe terrestre et aquatique ; un environnement porteur pour dessiner« . On descend un escalier, puis un second avant d’arriver dans une première galerie où l’humidité ambiante et l’odeur de moisi ont tout envahi. Autour de nous des galeries, des tuyaux, des gaines, des précipices grillagés, de l’eau qui s’écoule en un débit violent, des trappes et autres secrets. Un drôle d’environnement qui a depuis des siècles inspiré des écrivains et nourri leurs fantasmes des monstres féroces cachés dans les bassins souterrains aux Tortues Ninja de notre enfance.

Les égouts de Paris et une chimère de Codex Urbanus

Légendes souterraines by Codex

Codex récupère de vieilles fables pour les moderniser à sa façon avec tout un bestiaire de créatures hybrides imaginées par leur créateur au moment de leur naissance. Et elles sont toutes différentes car l’artiste compile habilement des animaux entre eux, les combinaisons sont donc infinies. Mais pas facile de dessiner sur des murs rugueux, humides ou arrondis. Cet environnement aquatique fait d’ailleurs écho à l’Aquarium de Paris où Codex avait déjà dessiné en septembre dernier.

L’exposition s’organise en plusieurs étapes avec :

  • les légendes urbaines réinterprétées par Codex sur une série de vieux journaux. Et une chose est sûre, entre les mantausore, punaises, scolopendre, tarasque, étrille et autre poulpe l’artiste ne manque pas d’inspiration. Une confidence entre nous : ce soir là j’ai fait un cauchemar avec des cafards envahisseurs. Si si je vous assure. Vraiment horrible. Amateurs de bisounours cette exposition n’est pas pour vous.
  • les étranges appartements souterrains des acteurs de la création des égouts, notamment le Baron Haussmann et l’ingénieur Eugène Belgrand. Un univers imaginaire passionnant entre salle de bal pharaonique, villa excentrique et palais fastueux. Oui oui Codex dessine beaucoup de villes aussi.
  • le cabinet secret de l’ingénieur Belgrand imaginé et reconstitué dans une sorte de cachot moyenâgeux où l’on peut admirer son globe terrestre, ses tableaux et ses accessoires de bureau.
  • enfin, tout au long du parcours de la visite du Musée des égouts, des monstres, créatures et autres hybrides made by Codex et qui semblent errer sur les murs et garder les tunnels. N’oubliez pas de passer dire bonjour à la mascotte Eléonore, bien réelle dans l’Histoire, quand en 1984 les égoutiers ont retrouvé un crocodile du Nil qui vagabondait dans les égouts de Paris.

 

La légende du Scolopendre Paon, Codex Urbanus, 2018Salle de bal de sa Majesté l'empereur Napoléon III. Codex Urbanus. 2018

Le globe de l'ingénieur Eugène Belgrand, Codex Urbanus, 2018

Boule de curage transformée en globe de molécules célestes, en écho aux molécules de psychotropes qu'on retrouve dans l'analyse des eaux usées de Paris. Codex Urbanus, 2018

Hybride. Codex Urbanus. 2018

Hybrides. Codex Urbanus. 2018

Une dimension artistique éphémère

Lorsqu’on interroge Codex sur son travail il reste très humble. ll ne cache d’ailleurs pas le fait de n’avoir pas de diplôme des Beaux Arts. Il explique simplement sa vision du street art comme un art éphémère, fugace, fugitif, « une force qui fait partie de son ADN » selon lui. Il rappelle aussi que le peintre Gustave Moreau a ouvert son musée de son vivant avec cette notion de durée, pour rester. Musée dans lequel Codex a d’ailleurs réalisé une performance il y a deux ans lors de la Nuit Européenne des Musées à Paris.

Cette finitude est donc une sorte de momento artistique qui signifie « souviens toi que tu ne vas pas durer« , encore une grande preuve d’humilité. Ou de réalité, car comme l’a très bien déclaré Codex lors de son discours le soir de son vernissage, « je confirme que la Direction de la Propreté de Paris fonctionne très bien car il n’y a jamais plus d’une quinzaine de mes dessins à Paris. Dès que je dessine sur les murs les agents de la propreté les effacent« . Un joli pied de nez à la fois humoristique et respectueux fait à l’Adjoint à la Maire de Paris présent ce soir-là et qui a bien compris aussi l’importance de dynamiser Paris pour faire vivre notre capitale sur la scène artistique internationale. En somme un discours simple et engagé, et avec beaucoup d’esprit, dans lequel il n’a pas oublié de souligner  « l’accueil chic des égouts de Paris, un lieu qui est un vrai support de réflexion et de rêveries« .

Quant à son exposition Codex explique ses symboles, la relation entre réalité et fiction, et entre imaginaire et efficacité. Et dans les égouts on retrouve ces deux thématiques, imaginaire et efficacité. Mais l’artiste reste aussi très lucide en déclarant que son art est segmentant, qu’il ne plaira pas à tout le monde. Alors il ne nourrit finalement pas trop d’attentes du côté de la réaction du public. Il espère simplement que ses créatures l’emmèneront dans les contrées du rêve et qu’elles porteront un questionnement, un étonnement.

Enfin, Codex conclue en déclarant n’avoir pas de plan de carrière, certainement trop rigide ou trop raisonnable pour un électron libre et sans costard comme lui. Il dit de manière très poétique « je suis sur une  jolie vague, je la surfe et je verrai où elle m’emporte« . On espère très très loin, en haut de la crête. Il le mérite en tout cas. On aime ces artistes de talent, sympathiques, accessibles et humbles.

 

Codex dessinant sur le kiosque du Musée des égouts de Paris

Codex Urbanus

Suivez Codex Urbanus

Exposition Légendes Souterraines

A partir du 2 juin 2018 au Musée des Egouts de Paris / Pont de l’Alma

93, quai d’Orsay

75007 Paris

Tel. : 01 53 68 27 81

 

One thought on “Les chimères de Codex Urbanus

  1. Je ne connaissais pas. Je vais ouvrir l’œil, avant que « les agents de la propreté de Paris les effacent »!

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