Zig Zag, ou trois mises en scène du Médecin Malgré Lui

A l’affiche depuis le 18 janvier au théâtre du Petit Montparnasse rue de la Gaité, Zig Zag étonne et détonne. Le pitch de départ est très clair : et si la première scène du Médecin Malgré Lui de Molière vous était présentée dans trois versions différentes? Car c’est bien de cela dont il est question, l’art de la mise en scène. Mais qu’est-ce qu’un metteur en scène? Quel est son rôle? Sur quoi intervient-il? Et en quoi son métier est-il si important pour servir le propos de l’auteur et guider les comédiens ?

Un spectacle didactique

La réécriture de la première scène du Médecin Malgré Lui de Molière par Xavier Lemaire et Isabelle Andreani est judicieuse. Tout au long de la pièce un conférencier (Xavier Lemaire en scène dans son propre rôle) va expliquer le rôle de la mise en scène, et enseigner aux spectateurs des notions importantes du théâtre : « côté cour » versus « côté jardin », la biographie de Jean-Baptiste Poquelin dit Molière, et la valeur et la portée de ses pièces, ou encore les grands courants du théâtre (modernisme, stylisation, symbolisme, et naturalisme/réalisme). De nombreux auteurs sont cités comme Peter Brook, Ariane Mnouchkine, Jouvet ou Vitez pour illustrer les concepts, et la pédagogie fait mouche. En bref on révise, on apprend, on réapprend.

En bon Monsieur Loyal du cirque (car parfois on frôle la conférence complètement folle) Xavier Lemaire va orchestrer les entrées et sorties des comédiens. Car oui il est aussi question du talent des acteurs et de leur interprétation, et puis du rôle du décor, du jeu des lumières, etc… et à travers tous ces éléments les professionnels du spectacle sont valorisés, jusqu’aux plus oubliés, discrets, silencieux, cachés voire invisibles régisseurs plateau. Ces derniers bien qu’ils soient dépeints clownesques, populaires voire caricaturés bourrus font la part belle aux petites mains des coulisses. Le message a donc son importance.

Xavier Lemaire dit aussi : « J’ai voulu un spectacle ludique et surprenant qui active le « patrimoine culturel théâtral » de chacun afin que les spectateurs comprennent mieux l’esprit d’une mise en scène ». Et c’est tout à fait juste car qui à l’école n’a pas étudié les farces de Molière avec ses célèbres personnages comme Harpagon, Monsieur Jourdain, Don Juan, Tartuffe, Scapin, Alceste, Sganarelle, etc…? Allez, relisez ici cette première scène du Médecin Malgré Lui, vous verrez les souvenirs ne sont pas si loin et c’est un plaisir.

De l’humour et de la créativité

Il faut parfois gratter le vernis pour voir derrière les apparences, ou soulever le voile (ici le rideau de velours). Ce spectacle est bel et bien une réflexion sur la création d’une pièce et sa mise en scène. Mais le propos aurait pu être rébarbatif. Il n’en est rien. Xavier Lemaire questionne : « Qu’est-ce qui nous différencie, nous les humains, des bêtes? » Spontanément j’aurais répondu l’écriture, ou encore l’amour. Et vous? Lui a répondu l’imaginaire.

Oui c’est un spectacle frais, dynamique, ludique, accessible, surprenant, vraiment original. Pourquoi? Car les courants du théâtre expliqués par le maître conférencier sont immédiatement mis en scène et présentés au public. De la théorie à la pratique il n’y a qu’un pas, et c’est bien tout cela qui rend la réflexion accessible à tous. En effet les deux comédiens Isabelle Andreani et Franck Jouglas interprètent tous les rôles, changent de costume, de ton, de diction, d’attitude et modifient les décors au passage. Les voici techniciens plateau en mode clowns, puis Sganarelle et Martine classiques, avant d’être Sganarelle et Martine symbolistes conceptuels, puis enfin modernes. C’est énergique, audacieux, endurant aussi. Chapeau! Et au milieu de tout cela, un casting. Le public participe même au spectacle. Fou rire assuré avec un intermittent du spectacle en grève qui ne joue qu’un mot sur deux et une vendeuse de grande surface sexy de mauvais goût et déjantée qui lit toutes les didascalies. On rit!

L’art n’est-il pas en constante évolution? Comment aujourd’hui en 2018 jouer une pièce écrite il y a plus de trois siècles et demi? Zig Zag zigouille les symbolistes perchés, zyeute dans le trou de la serrure, zappe les époques et fait zoner les SDF. La dernière scène a comme un goût d’actualité : la pauvreté économique colonise les rues, la violence faite aux femme commence seulement à alarmer l’opinion publique, et la mondialisation mêlée à la grande consommation d’alcool et de sucres raffinés en canettes ravagent nos estomacs et la planète.

Tout cela donne un nouveau sens à la représentation théâtrale en mettant en valeur le talent des comédiens et le rôle indispensable du metteur en scène. C’est vivifiant, ça apporte définitivement un vent d’air frais sur scène et dans la salle. Un spectacle qui finalement jouit de peu de marketing mais d’une grande créativité, et qui offre aux spectateurs une belle découverte humoristique et didactique grâce à un trio dynamique et talentueux. Le mot de la fin : il faut continuer d’aller au théâtre et ne jamais s’y ennuyer. Il y en a qui devrait en prendre de la graine!

Zig Zag

Théâtre du Petit Montparnasse

31, rue de la Gaité

75014 Paris

Tel. 01 43 22 77 74

 

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