Vis ma vie de chat

En fin de matinée l’appel de la l’allée arborée est plus forte que celui du plaid dans lequel je me noie depuis deux heures. Petit détour dans la cuisine pour ma gamelle de croquettes avant de sortir de ma maison tout confort en passant par la chatière. Mon ventre rond frotte le long de la paroi, il est temps d’aller faire un peu d’exercice pour me dégourdir les pattes.

La surdité douillette de mon intérieur contraste avec le brouhaha de la grande avenue au loin. Dans le jardin l’air est doux, les oiseaux chantent paisiblement et les feuilles d’automne manquent de me faire sursauter à chaque chute dans mon dos. Je traverse la terrasse sur mes pattes de velours et je sors par mon passage secret dans la clôture derrière la haie d’arbustes. J’observe les parages. L’allée est déserte, aucun congénère à poils. Le voisinage est calme. A cette heure de la matinée tous les humains sont partis au travail, et même le facteur est déjà passé. Je peux déambuler tranquillement. Une mouche passe devant mes moustaches comme pour me narguer, mais elle ne m’intéresse pas. Je veux aller au grand portail pour observer l’agitation de la rue.

Je remonte nonchalamment l’allée arborée. Il fait chaud pour un mois d’octobre, et mon poil d’hiver n’est pas approprié. A mesure que j’avance les roquets de garde hargneux aboient devant les portes. On dirait qu’ils se doivent de simuler leur rage dès qu’un animal passe à proximité de leur demeure pour justifier leur utilité aux yeux de leurs maîtres. Je les ignore. Voilà le grand portail. J’observe la rue sans être vu. Les humains s’agitent dans tous les sens. Il courent en voiture, à vélo, et même après le bus. Une dame promène une poussette de bébé à laquelle un enfant pleurnicheur s’accroche malgré lui en trainant des pieds. Des klaxons retentissent, le livreur s’est arrêté au milieu de l’avenue, provocant un embouteillage. Les passants traversent hors des clous, et certains parlent à une petite boite noire collée à leur oreille. Ils sont tous fous.

Une humaine s’arrête et me regarde, je suis démasquée. Elle pousse délicatement le portail et s’approche en me tendant la main. Des gratouilles, j’adore ça. Elle me parle en m’appelant « minou ». Elle est calme, elle m’observe et me dit que je suis beau. Je déambule et lui propose un défilé. Des compliments, des caresses, des câlins. Voilà une humaine agréable. Elle me tient compagnie l’espace de quinze minutes puis disparait en fermant le portail derrière elle. Il est temps pour moi de retrouver le confort de mon plaid sur le fauteuil du salon.

 

 

 

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