Favela Rio, loin des clichés

Perchées sur les hauteurs de Rio elles semblent s’accrocher désespérément aux collines pour ne pas glisser dans les abysses d’une pauvreté sans fond. De loin c’est un enchevêtrement de petits blocs de briques et de taules argentées imbriqués les uns sur les autres, en cascade parmi la végétation. En les observant je me remémore tous les films et reportages qui font des favelas des zones de non droit gangrénées par les cartels de la drogue où violence, trafic et meurtres sont légion. Pourtant les choses évoluent dans le bon sens. La preuve.

Favela à Rio de Janeiro

Des favelas aux communautés pacifiées

En arrivant à Rio je pose mille questions à ma guide pour comprendre les habitants, leurs habitudes de vie, les traditions, l’économie, les arts. Et je suis bien décidée à lever le voile sur la question des favelas dont tous les médias font leur sujet de prédilection à l’approche des grands événements internationaux.

Carioca chaleureuse et souriante, ma guide aime sa ville et son pays qu’elle me raconte avec passion. Elle m’explique que le mot « favela » est péjoratif ; ici on les appelle les « communautés ». Elles sont nombreuses à Rio et avec la Coupe du Monde de football et les J.O. les autorités ont pris le problème à bras le corps pour les pacifier, dans l’intérêt de tous : les touristes sont une source de revenus énorme et pour que les retombées économiques profitent à tous Rio doit être accueillante et sécurisante. Alors les autorités tolèrent les trafics si la guerre des gangs cesse. La police, très sérieusement armée, a donc poussé la porte des communautés pour faire respecter l’ordre et la sécurité.

Favela à Rio de Janeiro

Au cœur de la réalité

Ma guide me parle d’une communauté pacifiée qu’elle connait bien, Babilonia. Elle me propose d’aller y boire un verre, une expérience à vivre selon elle. J’imagine les risques mais décide de saisir l’opportunité et elle tente de me rassurer. Au détour d’une rue du centre on franchit des murs recouverts de tags. C’est la frontière. Elle téléphone et deux motards viennent à notre rencontre. Ils nous tendent des casques et je monte derrière l’un d’entre eux sur une mobylette pétaradante qui échappe comme dans un dessin animé à tous les accidents. Au cœur de la communauté des yeux m’observent. Des billets de banque sont échangés. Ça va vite. Et les deux patrouilles de police à quelques dizaines de mètres ferment les yeux.

Un jeune homme basané nous escorte. Son sourire illumine son visage tout entier. Nous le suivons dans le dédale des escaliers et chemins boueux qui bordent les blocs de parpaing. Un petit garçon silencieux balaie la poussière devant sa maison, les pieds nus. Discrètement j’observe sa maison à la porte ouverte : dans une même pièce un coin cuisine, trois matelas à même le sol et une télévision devant laquelle sont allongées deux fillettes. La scène est choquante de vérité. Je suis saisie.

Favela Babilonia, Rio de Janeiro

Une expérience incomparable

Après quelques virages à éviter des trous et enjamber des objets en tout genre, un passage étroit mène au lieu tant attendu et là c’est le choc : une grande terrasse colorée embrasse toute la ville. Rio s’offre à nous dans un panorama exceptionnel loin des touristes. C’est un cadre unique avec au loin la plage de Copacabana bordée par les hôtels de luxe, et en contrebas le quartier pauvre de Babilonia. Le barman nous propose des cocktails, je choisis une caïpirinha maracudja. Les verres sont bien servis et le parfum des fruits enivrant. Définitivement les meilleures caïpirinhas de ma vie!

Bar do Alto, Favela Babilonia, Rio de Janeiro

Bar do Alto, Favela Babilonia, Rio de Janeiro

Coucher de soleil, Rio de Janeiro

Coucher de soleil, Rio de Janeiro

Nous passons toute la soirée seuls sur cette terrasse à discuter, faire des photos et écouter de la musique en admirant la vue. C’est de ces moments uniques qui ne se présentent qu’une seule fois. A la nuit tombée, le soleil couchant nous offre ses plus beaux dégradés rouge orangé. Les habitants de la communauté sont riches de cette vue exceptionnelle. En redescendant, l’ambiance du quartier est différente. Nous nous arrêtons au Bar do David, un autre bar convivial et populaire. Les gens sont détendus, ça discute, ça boit, ça rigole. A ce moment là, je me sens presque Carioca mais j’avoue que certaines rues sont inquiétantes. J’observe avec angoisse cette poupée abandonnée dans une benne, ça m’évoque un film d’horreur.

Favela Babilonia, Rio de Janeiro

Favela Chapeu Manguera, Rio de Janeiro

Bar do David, Favela Chapeu Manguera, Rio de Janeiro

Rio ne serait pas la même sans ses communautés qui dynamisent la ville car, au delà du trafic, de belles initiatives sont initiées dans ces quartiers défavorisés : mode, cuisine, entre-aide sociale et art portent haut et loin les couleurs du Brésil. La pauvreté fait partie du quotidien certes, mais les choses évoluent dans le bon sens. Ce soir-là je me dis que cette découverte unique illustre plutôt bien le slogan « Ordem e progresso » du drapeau national.

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