Seydou Keïta ou l’élégance africaine

Cette semaine en nocturne je suis allée faire un voyage d’une heure et demie au Mali. Seulement une trentaine de minutes de trajet pour me retrouver dans les couloirs du Grand Palais à Paris, à l’exposition Seydou Keïta, un photographe portraitiste malien à l’histoire peu commune et à la passion débordante.

La photographie, une révélation

A l’âge de sept ans Seydou Keïta ne va pas à l’école ; il devient apprenti menuisier auprès de son père. Alors qu’il a quatorze ans son oncle lui rapporte du Sénégal un appareil Kodak. C’est le coup de foudre immédiat pour la photographie et Seydou apprend tout en autodidacte. Il se perfectionne auprès d’un professeur et ouvre son propre studio à Bamako en 1948. C’est le début du succès, au point qu’il devient même plus tard le photographe officiel du nouveau président.

La société africaine des années 50

Ses portraits en noir et blanc sont magnifiques. On devine le chatoiement des couleurs des coiffes et boubous africains, et les nuances de gris dévoilent la finesse du grain et l’intensité des peaux. D’ailleurs je sens presque à travers les tirages argentiques le parfum poivré des peaux noires que j’aime tant. La scénographie de l’exposition est toute simple, au service des portraits que je regarde avec émotion. Les visages sont beaux, leurs regards intenses et la grandeur des tirages donnent vraiment l’impression de se trouver face aux modèles. C’est saisissant de vérité.

Parmi les sujets, toutes les nationalités et toutes les catégories sociales. Maliens, Sénégalais, Ivoiriens, Nigériens, bourgeois, hommes polygames, étudiants, jeunes mariés, familles, etc… sont les témoins de la société africaine des années 50. Deux co-épouses posent ensemble avec les bras posés l’un sur l’autre comme pour signifier leur relation particulière. Un jeune handicapé pose en complet blanc avec des lunettes sans verres pour se donner l’air instruit. Une belle jeune-femme est allongée de côté, en odalisque. Une vieille femme de trois quarts a revêtu tous ses bijoux d’apparat. J’observe avec attention les vêtements, les poses, les coiffures, les parures, les accessoires. Ils sont nobles. Ils ont tous une belle élégance. Mais pourquoi se faire photographier au fait ? Tout simplement pour garder des souvenirs, ou envoyer des photos à leurs familles.

Le talent de la mise en scène

Après des centaines de milliers de clichés, plusieurs expositions internationales, six épouses et vingt-et-un enfants on se dit que Seydou Keïta a eu une belle vie. Là, un super reportage vidéo nous révèle l’artiste en train de photographier ses clients en toute intimité à la lumière naturelle dans la cour de sa maison. Entre les portes en tôle, le puits central et les rires des voisines, la scène est authentique. Il tend un tissu africain le long du mur et pose une chaise en métal.

Les clients défilent. Les femmes sont belles. Elles prennent la pose avec légèreté et amusement quand les hommes, plus sérieux, assoient fièrement leur statut de chef de famille, d’époux, de militaire ou d’homme d’affaires. Quelques enfants aussi, les pieds nus, posent avec leurs parents. Leur innocence est touchante. Le photographe dirige tout : l’orientation des visages, la pose des mains et des pieds, le pli des robes. Dans son studio de Bamako il met même des accessoires à la disposition de ses clients qui simplement jouent leur propre personnage ou projettent leur nouvelle identité idéalisée. Porte-cigarette, fleurs, lunettes, chapeaux, bijoux, Vespa, etc… sont les artifices de la « sapologie ». Et après les tirages l’encadreur de Bamako colorisait les bijoux et les ongles des clichés à la demande de certaines coquettes.

Dans les allées de l’exposition, beaucoup de français d’origine africaine venus admirer l’enfant du pays peut-être, mais aussi des parisiens qui se remémorent leur voyage passé : « Ah oui, tu te rappelles de ces colliers qu’elles portaient ? » Moi aussi j’ai l’impression d’avoir fait un voyage là-bas, il y a 60 ans, à la fin de l’époque coloniale quand l’Afrique commençait à affirmer son identité. A faire absolument.

Seydou Keïta avec deux de ses fils

Exposition Seydou Keïta

Grand Palais, Galeries nationales

Avenue Winston Churchill

75008 Paris

Tel. : 01 44 13 17 17

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