Le meilleur de Meyerowitz

L’article pourrait commencer de cette façon : quelle porte je choisis d’ouvrir…?

Joel Meyerowitz, quelle porte...?

Un vendredi soir en nocturne direction la Maison Européenne de la Photographie pour découvrir l’exposition Joël Meyerowitz. Ce que je sais de l’artiste ? Un américain qui a fait l’expérience de la photo en passant du noir et blanc à la couleur si bien que ses clichés sont aujourd’hui présentés dans une rétrospective qui met en avant son utilisation révolutionnaire de la couleur.

Photographie de Joel Meyerowitz

En entrant  dans l’exposition, on tombe nez à nez avec ce bleu devant lequel on s’interroge : comment la plongeuse a pu se propulser de cette façon ? Et puis le cerveau se reconnecte et je me rends compte que la photo est à l’envers. La couleur est intense et avec les remous de l’eau vus de l’intérieur de la piscine la photo ressort puissante. Je ressens presque les muscles de la nageuse dans mon propre corps. La retranscription du mouvement est parfaite.

Humour et témoignages en noir et blanc

Puis dans la première salle le parcours commence par des clichés en noir et blanc où l’humour est très présent à l’image de cette vendeuse de billets de spectacle dont le visage est masqué par l’hygiaphone. Anonyme et sans identité Meyerowitz la dépersonnalise alors qu’elle est paradoxalement tout le sujet.

Il y a aussi des clichés rétro qui témoignent d’une époque. Je regarde cette femme séduisante, robe noire cigarette et coiffure crêpée assise au comptoir d’un bar qu’on imagine tout droit sorti d’une Amérique années 60. C’est curieux, historique. Cette photo pourrait d’ailleurs être récupérée par un célèbre annonceur de soda…

Joel Meyerowitz, noir & blanc

Et que dites vous de cette cape qui marche et dont les bras semblent être restés dans la vitrine d’une boutique? C’est insolite, amusant, ou les deux ? Moi je remarque une drôle de symétrie entre les jambes de cette femme manchote, celles du mannequin, et les pieds du tabouret.

Qu’est-ce que font ces clients assis à une terrasse de café où le trottoir défoncé garde encore les armes de sa destruction? Sont-ils si innocents qu’ils voudraient qu’on le croie ? Les terrasses parisiennes étaient-elles alors trop rares pour ne pas profiter de chaises posées au bord des gravas et des pioches ? Bizarre…

Joel Meyerowitz insolite

Le monde chromatique selon Meyerowitz

Considéré comme un pionnier de la couleur à une époque où les plus grands photographes la considèrent comme vulgaire ou réservée aux amateurs et aux publicitaires Meyerowitz étudie des sujets et des situations selon les deux versions : noir et blanc et couleur. Cette étude pertinente des parallèles nous fait comprendre à quel point l’image est différente selon qu’elle est en couleur ou pas. Et ça m’évoque les films en noir et blanc que l’on a recolorés : le sujet reste le même mais l’atmosphère qui s’en dégage est différente. En noir et blanc je trouve que tout est plus beau, les ombres sont plus gracieuses, les contours sont plus nets, et il s’en dégage un caractère historique presque énigmatique. Mais n’est-ce pas justement parce que notre époque distribue la couleur partout qu’elle en devient banale ? Pourtant, tout photographe sait que la pellicule couleur est plus exigeante car elle divulgue beaucoup plus d’informations. D’ailleurs, n’avez-vous pas des souvenirs de la couleur comme on en aurait d’autres olfactifs ou gustatifs ?

Pourtant au delà de la polémique noir et blanc versus la couleur la véritable intention de Meyerowitz est de retranscrire au plus près des sensations : il cherche à traduire en image une saveur visuelle. En effet, n’avez-vous jamais ressenti une émotion quelconque devant une robe rose poudré, un vin rouge sang, un nuage blanc soyeux ou un lagon vert translucide… ? Et n’avez-vous jamais discuté avec quelqu’un du nom d’une couleur car vous pensiez qu’il s’agissait d’un mauve et non pas d’un lavande ou d’un parme ? Je crois que chacun d’entre nous a sa propre définition des couleurs et elles transmettent beaucoup plus qu’il n’y paraît au premier abord…

Un devoir de mémoire

Puis après les attentats du 11 septembre 2001 Joel Meyerowitz souhaite immortaliser le World Trade Center. Comme motivé par un devoir de mémoire il entame une longue négociation de plusieurs jours avec les autorités sur place et à force de discussion parvient à se faire connaître des équipes. Alors que le site est protégé et interdit au public Meyerowitz  sympathise avec les pompiers, les sauveteurs et les ouvriers qui tolèrent sa présence. Il est donc le seul photographe a avoir pu suivre les travaux de nettoyage, et ses photos constituent des archives historiques comme des preuves pour que le monde n’oublie pas la destruction de ce jour meurtrier. Et quand on lui reproche d’avoir choisi la couleur alors que selon les conventions la tragédie se photographie en noir et blanc, il se justifie : « Cette tragédie était encore accentuée par le fait qu’elle est arrivée par un jour magnifique, dans le ciel radieux d’une fin d’été ! »

Joël Meyerowitz, World Trade Center

Quelques pistes de réflexion

1/ Je relance le débat : selon vous, la photographie est-elle un art ? Certains peut-être un peu cartésiens diront que non car l’art ne doit pas relever d’un appareil technique, tandis que d’autres diront le contraire en cela que la technologie quand elle est maîtrisée selon un talent précis peut servir à illustrer une émotion artistique.

2/ A vous la parole : que remarquez-vous dans ces photos ?

Joel Meyerowitz, rues de NYC

Ma réponse : Ma réponse

En bref, les angles de prises de vue sont intéressants, les perspectives nous immergent, les situations sont cocasses, la galerie de personnage est variée, l’humour est partout, les coïncidences frappantes, les symétries troublantes et les couleurs merveilleuses.

Au fait, je vous l’ai dit ? (Quoi ?) Un vendredi soir en nocturne j’ai découvert l’exposition Joel Meyerowitz. Ce que je sais de l’artiste ? Un photographe génial qui a du talent.

Maison Européenne de la Photographie

5-7 rue de Fourcy

75004 Paris

Tel. 01 44 78 75 00

N.B. : Clin d’œil littéraire

Pour moi le travail photographique de la couleur de Meyerowitz fait écho au mauvais vitrier de Baudelaire. Découvrez ou redécouvrez le texte !

4 thoughts on “Le meilleur de Meyerowitz

  1. Ça valait le coup d’attendre, cet article est juste passionnant. Ce que je savais de l’artiste ? Pas grand chose honnêtement et pourtant je me dis m’intéresser à la photographie. Bravo pour ton travail de recherche et ton écriture toujours d’une qualité extra. La photographie est pour moi un art, véhicule de souvenirs, messages, et d’émotions. À très vite pour le prochain post, on en veut plus plusssss

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  2. Bonjour Barbara,
    je ne partage pas ta réponse sur la photo du groupe de gens. Je vois 5V: le col du manteau, le V des deux épaules, le petit V du col du borgne, le positionnement en V du groupe. File de droite toutes les têtes tournées à droite sauf une, file de gauche toutes les têtes tournées à gauche sauf une, et en début et en fin de chaque file, un porteur de lunette et un borgne avec les têtes orientées du même coté. Donc, plusieurs symétries et même en regardant encore je vois une tige vertical qui sépare les deux groupes.

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