Un goût d’Argentine à Paris

La semaine dernière j’ai eu la chance d’assister à la première du fameux spectacle Grammy Awards en 2003, Tango Pasion. Alors on suppose une chose : pour l’anniversaire des 20 ans du spectacle la salle devait être pleine de critiques et de journalistes ; et on est sûr d’une chose : un ex danseur de « Danse avec les Stars » était présent dans la salle avec sa partenaire… Mais ce que je retiens surtout c’est l’ambiance rétro chaleureuse, ce goût d’ailleurs qui a réchauffé nos corps parisiens refroidis, ces prouesses magnifiques de caractère où l’expression est forte et prédomine. Finalement, une chose est sûre : un goût d’Argentine a débarqué dans la capitale !

Le grand foyer des Folies Bergère

En entrant aux Folies Bergères le décor du grand foyer d’accueil bleu canard aux dorures cuivrées tapes à l’œil s’impose : colonnes majestueuses, quadrillages imposants, drapés fleuris et chandeliers rougeoyants rappellent les heures de gloire du music-hall à la Belle Époque quand des noms comme Charlie Chaplin, Mistinguette ou Joséphine Baker déplaçaient les foules. La salle de spectacle n’est donc que le prolongement de cette ambiance, dommage en revanche que les sièges n’aient pas été changés parce que niveau confort on a vraiment vu mieux.

Au lever de rideau des silhouettes de danseurs immobiles nous captivent. Les femmes félines ont des jambes galbées, les play boys machos sont gominés, et les tenues sont rétros : bretelles sous vestons cintrés, bas résille et robes fendues, chaussures à guêtres et talons hauts, chapeaux en feutre et beaux chignons. Puis le bandonéon et la contrebasse résonnent… c’est comme un air d’Argentine… le piano rajoute son grain de sel… nous sommes transportés dans un vieux café bar de Buenos Aires, années 40.

La première partie du spectacle nous présente un tango classique, traditionnel, où tout est centré sur le style et la mémoire, comme un hommage à des siècles de pratique et de transmission de cette danse de caractère. J’aime tout particulièrement le tableau « enfumé et canaille » des hommes jouant au billard ; et comme au flamenco où les cannes passent du statut d’accessoires à celui de percussions, les queues de billard frappent ici des boules imaginaires pour accompagner avec humour la musique… Entre deux tableaux où les « tangueros » dansent en couple dans des jeux de jambes d’accroches, de poids et de contrepoids, on apprécie aussi seulement la musique du Sexteto Tango Pasion mené par Gabriel Merlino. C’est comme des interludes plaisir. A noter aussi : pas de meneuse de revue mais une chanteuse de revue (très sexy et à la voix magnifique) comme dans les comédies musicales de Broadway… sauf qu’ici on est dans les faubourgs de Buenos Aires.

Que dire de la seconde partie ? Le tango se fait plus moderne, presque contemporain : la mise en scène est plus surprenante, à l’image du tableau en porte-jarretelles les danseuses sont beaucoup plus sensuelles, et faisant la part belle aux six couples de « tangueros » (parmi les meilleurs du monde) qui sont du coup considérés par le public comme de véritables athlètes les chorégraphies deviennent acrobatiques avec des portés spectaculaires. Ce qui est d’ailleurs très intéressant au niveau de la dynamique du spectacle c’est aussi l’alternance entre des ballets de groupe envoûtants et des duos remarquables chorégraphiés par Hector Zaraspe ; les pas fusent, les jeux de jambes sont subtiles et rapides, preuves d’une aisance voire d’une virtuosité étonnante (même si quelques spectateurs dont je fais partie pourraient s’en lasser…).La troupe de Tango Pasion

Enfin on pourrait dire globalement que le spectacle s’articule comme une pièce de théâtre avec de l’humour, des drames, des sketches, ce qui laissent les danseurs évoluer plus largement comme de véritables comédiens-mimes qui jouent et dansent les situations. Côté sentiments on retrouve tous les ingrédients d’un best-seller : jalousie, passion et rivalité. C’est à la fois dramatique, sensuel et intense. Pour résumer : le tango est une danse oui, mais c’est aussi un courant musical centenaire parfaitement retransmit ici dans ce « spectacle-comédie-musicale ». Je pense que tout est dit dans la phrase d’Enrique Santos Discépolo : « le tango est une pensée triste qui se danse… »

A découvrir jusqu’au 17 février 2013.

Tango Pasion

Folies Bergère

32, rue Richer

75009 Paris

Tel. 0892 68 16 50

3 thoughts on “Un goût d’Argentine à Paris

  1. ça réchauffe un article pareil ! ! Quelle beauté cette danse, tout en sensualité ! Merci de partager tes impressions sur ce spectacle de danse, c’est toujours un grand plaisir.

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  2. Je suis partie voir ce spectacle fabuleux le 16 février. Ayant loupé les 15 premières minutes ça me laisse cette sensation de manque et d’inachevé.
    Toutefois cette deuxième partie était très innovante, je n’avais vu jusque là « des jetés au sol » superbes, ces acrobaties avec les têtes à l’envers et ces filles qui s’envolent telles des poids plumes…

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