Pleyel à l’unisson!

En entrant dans le hall Art déco du 252 rue du Faubourg Saint-honoré on se dit que l’espace est beau et grand, mais ce dernier mot ne prend finalement tout son sens que lorsqu’on entre dans l’auditorium. La hauteur de plafond est telle qu’on reste impressionné par les dimensions du lieu alors qu’il flotte encore dans l’air quelques notes du dernier concert. Au programme de ce soir trois œuvres de Johannes Brahms : Sonate pour clarinette n° 2 opus 120, Trio pour piano et cordes n° 3 opus 101, et Quintette pour piano et cordes opus 34.

Salle Pleyel, Paris

Alors à soirée exceptionnelle tenue habillée, et l’auditoire de la salle Pleyel se compose de tout : il y a tous les genres, tous les styles et presque tous les âges même si les cheveux blancs sont nombreux. D’ailleurs, en voilà deux assises derrière moi et juste pour vous donner un aperçu après quelques plaintes inutiles (je n’ai retenu qu’une seule phrase de leur conversation) : « je suis la martyre de Neuilly… ! » Ou encore à propos de ma coiffure : « On n’a pas idée de se faire un chignon si haut !! » Bref, vous l’aurez compris, on est vraiment dans un autre monde…

Mais quand les lumières se tamisent, les conversations se taisent, les applaudissements s’impatientent et les musiciens entrent en scène. Et c’est dans le silence solennel que la clarinette commence son chant… le piano la suit : c’est un délicieux moment de découverte, l’œuvre est belle, comme les deux autres qui vont suivre d’ailleurs, avec violon, violoncelle et alto, atteignant son apothéose crescendo au troisième mouvement où les instruments se parlent et se répondent. Puis dans le quintette l’intensité est magnifique, vibrante, profonde et la virtuosité des musiciens est la juste incroyable. Toutes les notes sont d’une musicalité prodigieuse et les nuances sont magiques. Et si je ferme les yeux, c’est encore meilleur… comment vous dire ? C’est comme une grande sensation d’enveloppement. La musique réchauffe, conforte et on l’entend de l’intérieur. En se concentrant uniquement sur les sonorités on ressent la musique différemment, encore plus puissante et on comprend son expression, elle nous apparaît avec une plus belle clarté.  J’ai parfois pensé à des signes, des dessins animés comme on peut en voir dans le Fantasia de Disney avec des personnages et des couleurs. Et puis parfois on se dit que ça pourrait être aussi une belle musique de film à grand spectacle. Les émotions sont intenses, on respire finalement en fonction des respirations de la partition et jusqu’à ce que les poils se hérissent et que les larmes me montent aux yeux, on se dit que ce langage universel est quand même hallucinant de beauté et de noblesse. Les auteurs de ce moment chef d’œuvre ? Les musiciens de l’orchestre philharmonique de Berlin et une toute jeune pianiste chinoise, Yuja Wang, qui ferait abandonner tout bon pianiste qui se respecte car à tout juste vingt-cinq ans elle possède un touché et une sensibilité vraiment rares. Le son qu’elle parvient à sortir de ce Steinways & Sons est tout simplement génial, c’est du grand classique ! Concert à la salle Pleyel, Paris

Précision à ne pas oublier et qui participe aussi largement à ce moment de plaisir : à Pleyel l’acoustique est d’une qualité rare. Et depuis la restauration du lieu entre 2004 et 2006 tout a été rénové dans ce seul but : les parois, les balcons latéraux et le plafond permettent d’homogénéiser la diffusion sonore et même les temps de réverbération ont été étudiés afin que chacun puisse, où qu’il soit placé, bénéficier d’un son prestigieux.

Alors pas une seule fausse note dans cette soirée me demanderez-vous ?  Non car côté accueil tout est agréable, fluide, bien rôdé, courtois. L’entracte est même propice à tous les commentaires,  toutes les remarques et chacun partage ses sensations au gré d’un « pic-chic » champagne-macarons. Dans la salle tout le monde est très attentif, et chose très appréciable aucun débutant en vue qui ne saurait gâcher les notes en suspend pour applaudir trop tôt ; voici enfin une salle qui sait reconnaître une cadence pour applaudir au bon moment et d’une même voix. De plus, chacun retient les bassesses de sa condition humaine pour qu’entre deux mouvements d’une même œuvre éclatent enfin drôlement tous les raclements de gorge, les toussotements et les éternuements que l’hiver inflige…  Enfin les musiciens sont excellents et c’est eux qui ont le dernier mot… à moins que ce ne soit cet archet insolent qui s’effiloche… !Salle Pleyel, Paris

Salle Pleyel

252 rue du faubourg Saint-Honoré

75008 Paris

Tel. 01 42 56 13 13

One thought on “Pleyel à l’unisson!

  1. Classe! A la lecture de ton article, on se sent bien, presque apaisé, en imaginant facilement ce moment réconfortant que tu décris. J’adore la remarque sur ton chignon!!! ahahaha

    J'aime

Exprimez vous !!

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s