Sara Baras au sommet !!

Actuellement au théâtre des Champs-Élysées le ballet flamenco Sara Baras nous raconte la lutte du peuple espagnol pendant la guerre d’indépendance au XIXe siècle. La Constitution est décrétée le 19 mars 1812 à Cadix, jour de la Saint-Joseph dont le surnom Pepe est féminisé en Pepa ; cette femme devient alors le symbole de la lutte pour l’indépendance. Et qui mieux que Sara Baras pouvait alors incarner cette femme forte, combative et impétueuse… ? Prétentieuse Sara Baras ? Oui certainement mais en même temps elle est la meilleure, c’est indiscutable et dans son ballet elle touche du bout des doigts (ou des « tacones ») la perfection.

Dès le premier tableau, les corps obscurs jonchant le sol captent immédiatement l’attention du spectateur. Le décor de pierre que l’on devine dans la pénombre représente la ville de Cadix encerclée par l’armée française de Napoléon. La complainte du chanteur nous raconte le chagrin d’un peuple qui souffre et toutes ces femmes sont des veuves, des sœurs ou des mères inconsolables. Oui cet épisode de l’Histoire d’Espagne est sombre. Et alors que l’ambiance dramatique s’intensifie crescendo, elle fend la foule pour apparaitre. D’abord cachée sous une grande cape noire inquiétante, elle se révèle dans une robe rouge sang, rouge flamboyant. Sara Baras est majestueuse, altière, imposante. Puis elle s’anime. Encore une fois toute la technique du flamenco se fait doucement oublier pour ne servir que l’essentiel : l’émotion et les sentiments. Les pas de ses talons sont précis, elle bombarde avec violence. Son jeu de bras est ample et tonique, elle tournoie avec une fluidité incroyable. Ses mains sont merveilleuses de beauté, ses épaules saccadées sont renversantes, et son placement de tête est net. Tout est parfait et sa fougue n’a d’égale que la grâce de sa robe qui voltige dans une légèreté déconcertante. Puis quand le ballet lui emboite le pas tout est synchro et percutant. Les hommes et les femmes s’épient, se toisent, se défient, s’attirent, se repoussent et se répondent. Il est question d’une intensité supérieure, la sensualité est provocante, la puissance explosive et il règne dans la salle un silence religieux quasi solennel. Impossible de ne pas ressentir, s’émerveiller, trembler, vibrer !!

« Dicen que La Pepa no es solo un símbolo, dicen que La Pepa es un sentimiento, una actitud, una manera de sentir, una forma de ser, un carácter, una esperanza… Algo que se lleva dentro, algo que nos trae la mar, algo que se te pega como una lapa y huele como un burgaíllo, algo que no se lo lleva el Levante porque está metiíto dentro del corazón. Dicen que nuestra Pepa no nació el 19 de marzo de 1812, nuestra Pepa ya estaba. Rezó por aquellos que sufrieron, por todos aquellos que murieron y luchó por un mundo libre. Dicen que nuestra Pepa es la voz del pueblo en forma de mujer y respira libertad » (1). Sara Baras

Alors évidemment vous me direz qu’avec ce thème historique et cette idéologie de la liberté incarnée, il est assez facile de toucher la sensibilité des hommes, même deux cents ans plus tard. Oui mais ici tout en énergie et en nuances. C’est une narration par le corps ; les danseurs sont d’une noblesse extraordinaire. C’est aussi une narration par la musique ; les chanteurs et les guitaristes passent sur le devant de la scène comme le feraient des solistes. Enfin pour magnifier le tout, les jeux d’ombres et de lumières sont superbes. On passe du bleu indigo profond au rose fushia chatoyant, sans oublier le rouge sang violent. Les corps se détachent alors sur ces fonds lumineux et les silhouettes sont tantôt fluides presque aériennes, tantôt percutantes et ancrées dans le sol. Et puis ce son ! Sa qualité est incomparable : les talons se détachent et rythment l’émotion comme nulle part ailleurs sur aucune autre scène et leur placement est époustouflant de précision.

En bref vous l’aurez compris ce flamenco là, même s’il peut parfois perdre en authenticité ou en convivialité, gagne immensément en génie. Sara Baras parvient à porter son art à un rang si élevé que ça en devient transcendant. Elle réinvente un langage, une expression, une intensité, une puissance, et sa rigueur ne sert que la précision. Alors aujourd’hui, au bout du quatrième ballet flamenco de Sara Baras auquel j’assiste à Paris, je pense définitivement qu’elle a été touchée par la grâce de Dieu.Sara Baras au théâtre des Champs-Elysées

Enfin puisque les mots me manquent et comme l’image parle d’elle-même et que la musique se suffit à elle-seule, voici un magnifique extrait du génie de Sara Baras…

 

N.B. : Dépêchez-vous, vous n’avez plus que jusqu’au 8 janvier 2013 pour courir voir ce spectacle envoûtant.

 (1)   On dit que La Pepa n’est pas seulement un symbole, on dit que La Pepa est un sentiment, une attitude, une manière de vivre, une façon d’être, un caractère, un espoir… quelque chose que l’on ressent au plus profond de soi (…) On dit que notre Pepa n’est pas née le 19 mars 1812, notre Pepa existait déjà. Elle pria pour tous ceux qui ont souffert, pour tous ceux qui sont morts et elle lutta pour un monde libre. On dit que notre Pepa est la voix du peuple sous l’apparence d’une femme et elle respire la liberté.

 

Sara Baras Ballet Flamenco – La Pepa

Théâtre des Champs-Elysées

15, avenue Montaigne

75008 Paris

Tel. 01 49 52 50 50

One thought on “Sara Baras au sommet !!

  1. Superbe! On ressent ton entrain et ta passion pour le flamenco à travers ton écrit. C’est magnifiquement bien rédigé. Ton article mériterait d’être publié dans des revues spécialisées!! oui oui oui. Merci pour la vidéo, ça permet de vivre encore mieux ce que tu as voulu nous transmettre. Ps: j’aime bcp ta phrase « c’est une narration par le corps »…

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