Cadenasser son amour

On connaissait les cadenas d’amour du Pont des arts, et bien ce week-end j’ai découvert ceux du Pont de l’archevêché, juste derrière le square de la cathédrale Notre-Dame. Comme pour le premier pont, des centaines de cadenas sont accrochés aux parapets grillagés, comme autant de témoignages de gens qui s’aiment et laissent derrière eux un message, une pensée, une preuve. Pas encore la Saint-Valentin. Et pourtant, ces cadenas, c’est plus qu’une affirmation, c’est une déclaration faite aux yeux de tous, un serment qui dure toute une vie, ou parfois seulement quelques mois, le temps que les agents de la ville ne viennent les retirer.

L’origine de cette coutume est assez floue ; certains parlent de l’Europe de l’est, d’autres d’Allemagne. Ce qui est presque sûr, c’est qu’elle est née autour des années 1980 et qu’elle a toujours eu pour dessein de sceller un amour. En effet, la tradition veut qu’un couple accroche à la balustrade d’un pont un cadenas gravé ou écrit, avec les prénoms des amoureux et la date du jour, puis jette la clé dans le fleuve.

Au printemps 2010, on estime que le Pont des Arts contenait environ deux mille cadenas fixés aux rambardes, mais la Mairie de Paris « estime que cette mode pose la question de la préservation du patrimoine ». Un mois plus tard au matin, la plupart des cadenas avaient mystérieusement disparus mais la ville s’est déclarée innocente. On découvrira plus tard qu’il s’agissait d’un étudiant des Beaux-arts qui avait retiré des centaines de cadenas pendant la nuit pour en faire une sculpture. Cela pose alors la question de la propriété du bien personnel érigé sur un lieu public… et c’est le serpent qui se mord la queue !

D’ailleurs, petite question au passage : vous croyez que les amoureux reviennent sur les lieux du crime ? Je veux dire, est-ce qu’on pose un cadenas pour revenir le voir ? Vérifie-t-on qu’il est encore là où on l’a accroché ? Ou n’est-ce pas plutôt pour laisser une trace et afficher publiquement son statut « en couple », comme certains le font sur les réseaux sociaux ? A-t-il changé, grandi ou vieilli, à l’image de nos sentiments ? C’est comme si on posait un cadenas pour que notre amour résiste mieux à l’assaut du temps, à la grisaille de la routine, aux multiples tentations.

Quelle étrange pratique quand même ! Et c’est tout à fait dans l’air du temps je crois : révéler au grand jour une partie de ses sentiments. L’intimité est exposée, outragée, non protégée mais assumée. On le fait en couple pour officialiser un amour, crier au monde qu’on chérit quelqu’un, témoigner d’un bonheur, d’une plénitude… ou peut être aussi de meilleurs amis complices qui cimentent une belle relation de confiance. Et tous ces prénoms inconnus résonnent dans nos vies de la même façon que le lecteur s’identifie au héros d’un roman. Des Nico, Emilie, Alex ou Elsa sont autant de protagonistes on ne peut plus banals finalement…

Mais attention les hommes, que ces cadenas froids, rigides et métalliques ne remplacent pas un joli bijou de fiançailles, symbole d’un amour romantique et tendre !

Aujourd’hui sur le Pont de l’archevêché, il y a des cadenas de toutes sortes : des petits, des gros, des larges, des minces, certains en forme de cœur, en couleur, à clé ou à code, certains accompagnés d’un ruban, certains signés au marqueur indélébile… Bref, ils sont à l’image de leurs propriétaires, plus ou moins organisés, plus ou moins amoureux, plus ou moins engagés… et le contexte est souvent précis : improvisé ou longuement réfléchi, pour preuve quelques cadenas sont gravés.

Et finalement, ce sujet tire une autre ficelle dans mon esprit, celle de la réappropriation du mobilier urbain comme moyen d’expression de l’art. De nos jours, le street-art est une vieille pratique qui se perd. A la Nouvelle Orléans par exemple, on ne recense pas moins de trois milles fresques dans les rues ; elles sont appelées « murals ». Et même si certains artistes aujourd’hui connus en signent quelques unes, la plupart ont été réalisées par monsieur tout le monde, des artistes en herbes, des amateurs passionnés, des dessinateurs de talents. A Londres et Paris aussi il y a quelques jolies peintures, parfois insolites, insolentes et drôles. Mais cela fera l’objet d’un prochain article alors restons sur le thème du jour : cadenassez votre amour !

Pont de l’archevêché

75005 Paris

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Et en Toscane, sur le Ponte Vecchio à Florence…

5 thoughts on “Cadenasser son amour

  1. Justement je me demandais, si l’on trouvait cela dans d’autres villes de France ou Europe? Je pense que ça fait désormais partie du « passage » obligé des amoureux en escapade dans la ville romantique qu’est Paris …! Comme on jeterait une pièce dans la Fontaine de Trévi pour se porter bonheur, on se « lie » à sa chère moitié et en même temps à une ville « de coeur » 🙂 Peut-être! Enfin perso si je le fais, ce serait plus en symbole (aussi) de « PARIS JE T AIME!!  » et » je suis liée à jamais à toi « même si je te fais qques infidélités qques temps.. 😉

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  2. « Paris je t’aime », c’est le titre d’un film avec Fanny Ardant! LOL
    Oui Oui à Florence sur le Ponte Vecchio il y a plein de cadenas. Je vais vous publier la photo ce soir. Il y en a aussi à Lyon, et puis jusqu’à Taïwan où il paraîtrait qu’on accroche des cadenas sur une passerelle qui enjambe un chemin de fer; selon les croyances, le champ magnétique des trains favoriseraient la réalisation des souhaits formulés…

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