Etes-vous un voyageur quantophrène ?

Loin d’être le titre d’un test psycho issu d’un magazine de presse féminine comme certainement beaucoup d’entre vous en ont fait cet été sur les plages, cette question tombe à pic aujourd’hui, car de retour de voyage je me demande dans quelle mesure nous devenons des « touristes cumulards »… Vous ne me suivez pas ? Vous donnez votre langue au chat ? Lisez plutôt.

Alors vous me direz que vous avez d’autres préoccupations actuellement (ranger les valises, faire les courses, préparer la rentrée scolaire, payer les impôts…), mais quand même, posons nous quelques minutes pour y réfléchir.

Dans cette société où la course à la productivité et à la rentabilité est au cœur de toutes les préoccupations, tout nous encourage à toujours être le meilleur, le plus, le top. Les hyperboles se poussent. On n’est plus dans le raisonnement du « j’ai envie de » mais du « il faut que » ou pire, « je dois ».

Être, c’est avoir de l’expérience pour la revendiquer. Les prétentions se gênent et jouent des coudes. Et cela nous déclenche des pulsions comptables d’objets divers (timbres, chaussures, métiers, amants…) pour lesquels le nombre devient une véritable obsession.

Dans l’idée de la « to do list », des inventaires, listing et autres synthèses statistiques, le chapitre du voyage n’échappe pas au besoin irrationnel d’accumulation. On devient collectionneur de pays, de monuments, de plages, de climats, de cultures… pour étaler les chiffres et les photos mitraillées qui permettent de justifier à l’assistance qu’on a tout vu. Mais la question essentielle est : a-t-on vécu ?

Comme un écho aux serial killers, on devient des « serial travellers » ou voyageurs en série qui entassent frénétiquement les pays comme un séducteur amasserait les conquêtes à son tableau de chasse. Rendement, profit… tout est calculé selon notre espérance de vie et notre solde de congés (faute d’espérer avoir une retraite un jour), mais que fait-on de ce capital si étrangement acquis ? La vanité est reine.

Accumuler les découvertes, les  thésauriser, c’est souvent vite fait mal fait et l’apprentissage s’envole puis s’évanouit comme un soupir. On perd la mémoire, les souvenirs, les essentiels. Et gare aux pièges. Par exemple je me persuade que je suis passionnée de boules de neige en cristal où chaque pays place au centre son monument fétiche, et en deux temps trois mouvements me voilà à réfléchir à ma prochaine destination de vacances pour compléter ma collection de boules. Là, si je prends conscience du délire de mon raisonnement, c’est que je suis en rémission. Douche froide.

Voyager c’est bien plus que ça. Et même si on est loin du concept originel du voyage bien avant l’hégémonie des compagnies aériennes qui relient Paris à Tokyo en 12h de vol direct (alors qu’il y a plus de 10 000 km à vol d’oiseau), on doit pouvoir prendre le temps. Autrefois, la route des vacances faisait office de « sas de décompression ». Aujourd’hui tout va trop vite, on vit à 300 km/h toute l’année, on mange du fast-food standardisé, votre nouvel ordinateur portable qui a seulement un mois est déjà une antiquité, et vous ne savez même plus quelle est la dernière expression à la mode. Le must c’est Internet par fibre optique, la robotisation et le clonage. Finalement, la cape d’invisibilité d’Harry Potter et les androïdes d’Allien ne sont pas si loin… Qui a dit que la slow food était tendance ?

5 thoughts on “Etes-vous un voyageur quantophrène ?

  1. I’m very happy to read this. This is the kind of manual that needs to be given and not the accidental misinformation that’s at the other blogs. Appreciate your sharing this best doc.

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  2. Je suis un peu dans cet état d’esprit, multiplier les voyages, les destinations au risque parfois de ne pas apprécier réellement le moment présent lors du voyage. Mais c’est plus fort que moi, c’est une soif du voyage, ce qui me fait tenir: partir, s’évader, découvrir comme si la vie était trop courte pour aller là où je veux. La course au temps…

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  3. Le sujet de cet article me concerne aussi. Il est comme une caisse de résonance de la vie de nombreux d’entre nous. Faute de n’avoir pas autant voyagé autant que toi, je nourris aussi profondément un besoin de prendre le large pour m’évader, découvrir, m’épanouir. Je pense que la cause cachée est la frustration: chacun sait qu’il est des expériences qu’on ne vivra jamais, ou des pays qu’on ne verra jamais… le temps qui passe est un fléau alors carpe diem!

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  4. Coucou ! Pour ce qui est des boules de neige en cristal, pour ma part, il ne s’agit pas de réfléchir à ma prochaine destination pour compléter ma collection mais plutôt de les « agiter » quotidiennement et regarder la neige tomber en songeant aux bons moments vécus dans ces contrées… C’est une évasion de l’esprit… à l’infini…
    So

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