Le dernier né de Woody Allen

Passionnée par le cinéma de Woody Allen depuis longtemps, je trépignais d’impatience à l’idée d’aller voir son dernier film, To Rome with love, si bien que j’avais déjà trouvé le titre de mon article : « Indétrônable Woody Allen ». Dans la lignée de Vicky Cristina Barcelona et Minuit à Paris, Woody Allen nous fait voyager dans la ville éternelle pour une nouvelle carte postale européenne. ACTION !

Tellement persuadée qu’il serait encore un film magistral parmi les chefs d’œuvres du maître, j’y suis allée presque les yeux fermés (façon de parler). Alors est-ce cette stupide anticipation du titre qui lui a porté malheur ? Les superstitieux penseront que oui. Parce qu’entre un scenario fouillis et quelques acteurs improbables, j’en suis ressortie un peu déçue. Alors on passe évidemment un agréable moment dans l’ensemble, même si on est loin du niveau auquel le réalisateur de bientôt 77 ans nous a « mal » habitués.

En effet, malgré une équipe de passionnés que l’on sent impliquée et soudée autour du réalisateur, et un casting impressionnant (Alec Baldwin, Roberto Benigni, Pénélope Cruz, Ornella Muti…), le film ne parvient pas à décoller malgré la chanson Volare qui l’ouvre.

To Rome with love nous fait découvrir Rome à travers différents personnages proches de nos vies et dans lesquels chacun peut se retrouver : entre des habitants de Rome et des touristes en vacances, les romances prévisibles, les intrigues cocasses et les confusions gênantes rythment l’histoire.

Certains personnages sont merveilleusement crédibles à l’image de Jerry (Woody Allen), un vieux père de famille angoissé par toutes les petites contrariétés de la vie et qui refuse de prendre sa retraite de peur de vieillir. Il va alors aller jusqu’à s’entêter à créer un nouveau projet artistique absurbe dans lequel lui seul croit.

Il y a aussi le formidable Roberto Benigni, absolument génial dans son rôle de Leopoldo Pisanello : excessif et profondément drôle, il nous embarque dans sa fantaisie al dente. J’ignore si son enthousiasme débordant d’acteur fait parti de son caractère d’homme hors écran, mais quoiqu’il joue, son sourire et sa bonne humeur nous sauvent toujours de la souffrance ou de l’ennui. Remarquable !

Tout au long du film, des quiproquos grotesques et des scènes absurdes sont surprenantes et drôles, à l’image de ce chanteur d’opéra angoissé qui ne sait chanter que dans sa douche. Qu’à cela ne tienne, on va lui mettre sa douche sur scène ! Ou encore cette scène dans une chambre d’hôtel où un cambrioleur se cache au lit avec la maîtresse du client car la femme de celui-ci s’apprête à défoncer la porte d’entrée. Loufoque.

Les musiques également sont intéressantes car cohérentes. Pétillantes et légères, elles nous inondent immédiatement dans la dolce vita, une douce chaleur nous enveloppe dès le début du film qui débute de façon originale avec un agent de la circulation qui, comme le ferait un conteur, commence et termine le récit.

Enfin, le lieu est magique : la ville éternelle est plus somptueuse que jamais, quel cadre magnifique ! A chaque place ou monument du film, je revis mes souvenirs de voyage. Mais n’est-il pas donné à n’importe quel réalisateur de choisir Rome comme décor ? Si, alors disons que l’intelligence du film réside aussi dans l’absence de stéréotypes, remarquablement évités dans un pays dont le peuple accumule tant de clichés.

Malheureusement, je n’oublie pas les éléments qui m’ont dérangée : il n’y a pas vraiment de cohérence dans le scenario, tout se mélange sans jamais se rejoindre (dommage), et en dehors de l’unité du lieu, il n’y a pas de fil conducteur. Ou disons que c’est encore un « patchwork laboratoire » comme une enquête intéressante sur les relations humaines, sujet de prédilection du réalisateur. A cela s’ajoute deux acteurs qui sont très clairement en dessous du niveau des autres. En effet, la Monica du film est annoncée par Sally (Greta Gerwig) comme une bombe absolument irrésistible pour les hommes, mais quelle déception de voir que c’est l’actrice Ellen Page qui l’incarne ! Déjà parmi les acteurs principaux aux côtés de Leonardo di Caprio et Marion Cotillard dans le fabuleux Inception, je la trouve très banale, peu plausible dans son rôle. Ici, dans To Rome with love, son interprétation est insignifiante et je déteste profondément ses expressions et son jeu surfait. Qu’elle reste dans des rôles d’ados à la Juno et les vaches seront bien gardées ! Bref, chacun son métier. Les directeurs de casting se sont complètement plantés.

Et idem pour Jesse Eisenberg qui interprète grossièrement un Jack timide et médiocre. Il passe pourtant beaucoup de temps avec son binôme Alec Baldwin (John) qui joue le rôle de sa conscience et tente de le raisonner face à son attirance pour Monica, mais ce-dernier ne parvient même pas à lui élever son niveau de jeu.

Pour terminer, comme à l’habitude, je vous laisse quelques critiques choisies pour vous donner une idée des divergences d’opinion. Libre à vous de vous faire la vôtre en allant ce week-end dans les salles obscures.

Excessif par Lucie Pedrola : « Dans ce théâtre de l’absurde, le moteur des histoires les plus folles, c’est l’homme, sa soif de succès, de grandeur, quelle qu’elle soit et par tous les moyens. (…) Ce « To Rome With Love » plein de charmes légers bouillonne du génie Allen ».

TélécinéObs par François Forestier : « Destins entremêlés, couples qui se font et se défont, quiproquos et volte-face, c’est à la fois drôle, mélancolique, charmant ».

Ecran Large par Simon Riaux : « Woody Allen ne s’est pas foulé : il recycle ses vieux thèmes, et ne tente strictement rien de nouveau ».

Télérama par Louis Guichard : « La recette accuse ses limites. Le jeu avec les clichés touristiques est beaucoup moins fin qu’à l’habitude — davantage de clichés que de jeu. Et il manque un cap, un sujet ».

Chronoic’art par Murielle Joudet : « Avec ces films touristiques, Woody Allen avait pourtant réussi à nous montrer que peu importait la ville, que son cinéma pouvait pousser partout. Après ce consternant « To Rome with love », on ne saurait trop lui recommander un aller simple pour New York ».

To Rome with love, comédie de Woody Allen (2012)

Avec Woody Allen, Alec Baldwin, Roberto Benigni, Pénélope Cruz

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