La Sainte-Anne, l’ultime chef d’oeuvre de Léonard de Vinci

Fraîchement restaurée, La Sainte-Anne de Léonard de Vinci fait l’objet d’une magnifique exposition au Louvre jusqu’au 25 juin 2012, à ne pas manquer. A priori une vierge à l’enfant comme il y en a eue des milliers à l’époque Renaissance de la peinture, celle-ci est particulièrement connue car elle fut l’ultime chef d’œuvre du maître. Commencé aux environs de 1501 selon les traces que nous en avons, le peintre n’a eu de cesse de le modifier pour l’améliorer jusqu’à sa mort en 1519. Il reste malheureusement inachevé après presque vingt ans de perfectionnement. Unique.

Restauré pendant deux ans avec le Concours du Centre de recherche et de restauration des musées de France, La vierge à l’enfant avec Sainte-Anne est au cœur d’une exposition accessible à tous en cela qu’elle retrace dans sa seconde partie, passionnante, toutes les étapes de « création de l’œuvre ». On y trouve tous les dessins préparatoires, les esquisses et les études de paysages de Vinci. Il a décomposé dans les moindres détails des parties du corps humain (orientation d’un pied, courbe d’une épaule, expression d’un visage…) et poussant la perfection à son paroxysme il a même réalisé des études mathématiques et physiques sur l’orientation de la lumière sur la peau ou sur les feuilles des arbres afin de pouvoir ensuite en restituer en peinture la parfaite captation.

L’exposition est presque ludique en cela qu’on pourrait se croire capable de reproduire de brèves étapes des croquis de Vinci. Pourquoi le commissaire de l’exposition n’a pas mis à disposition des visiteurs un cahier Canson pour qu’on puisse exercer nos talents de gribouillages ? Ah oui c’est vrai on est au Louvre, c’est du sérieux. Alors que ceux qui pensaient que les peintres se lançaient directement sur une toile vierge lèvent le doigt !!

Dans la première salle le visiteur prend le pouls : le sujet de l’exposition est évoqué au travers d’autres œuvres iconographiques de l’époque (retables, triptyques, tableaux et sculptures de la vierge à l’enfant) qui ont véritablement influencées en profondeur l’art italien du XVIe siècle.

Le Louvre expose aussi de nombreuses « copies » notamment certaines savamment réalisées par les apprentis d’atelier de Vinci ; elles nous permettent de juger de l’évolution de l’œuvre au rythme des étapes de réflexion du maître. Dans cette idée et pour pousser l’obsession du plagia à fond, même ses ébauches ont été copiées avec tout particulièrement des hachures au crayon réalisées comme celles faites de la main d’un gaucher, caractéristique du peintre. Et ce qui est aussi passionnant c’est que l’exposition nous dévoile les différents cartons de Vinci, c’est-à-dire les différentes versions qu’il a réalisées ; dans l’une d’elles par exemple la Vierge, Jésus et Sainte-Anne sont tournés dans l’autre sens (la diagonale est inversée). Toutes ces étapes et ces essais prouvent que le résultat final que l’on connaît est véritablement l’aboutissement de toutes ses recherches.

Et enfin, comme un soulagement on l’aperçoit, tout entier dans la troisième salle : La Sainte-Anne de Vinci est définitivement la version la plus aboutie qui nous a été donné de voir. Tout y est magnifique et bien pensé : la Vierge douce et tendre est assise sur les genoux de sa mère Sainte-Anne. Elle est tellement belle qu’on a l’impression que la lumière provient de l’intérieur de son être et irradie. Affectueuse, elle retient l’enfant Jésus qui tente innocemment de monter sur le dos de l’agneau. La transparence de la manche de sa robe est délicate et son drapé lapis-lazuli flamboyant. Sainte-Anne quand à elle semble chaleureuse et bienveillante. Son visage, légèrement voilé par sa coiffure, est souriant et paisible. Enfin, l’enfant est adorable d’une bouille ronde et généreuse. Cheveux frisés et petit corps potelé le rendent irrésistible. Les deux femmes représentent avec Jésus les trois générations d’une famille unie et autour d’eux un paysage de montagnes et de verdure apporte au tableau la dimension de la nature.

On pense que tout y est parfait… si quelques spécialistes pointus ne nous avaient pas prouvé par a+b dans une vidéo voisine combien les paysages du dernier plan sont inachevés… ou est-ce la technique du « non-finito » ?

Enfin, au-delà de l’œuvre en elle-même l’exposition nous propose de découvrir dans les deux dernières salles la portée d’avenir qu’a eu le tableau de Vinci pour d’autres grands peintres qui furent inspirés ou influencés par cette œuvre : Edgar Degas, Eugène Delacroix, Odilon Rodon, et encore plus extravagant, Max Ernest.

Dommage : il manque selon moi une courte vidéo sur les étapes de la restauration. J’aurais bien aimé pouvoir m’immiscer dans le cercle fermé et confidentiel des restaurations minutieuses et scientifiques d’œuvres d’art. Quelques textes nous expliquent toutefois comment, en retirant les couches de vernis jaunis, on parvient à retoucher les couches de peinture pour restituer toutes les couleurs d’origine du tableau.

Alors à quand la restauration de Mona Lisa ??

En bref, une superbe exposition qui présente 135 œuvres au total ; La Sainte-Anne, « testament scientifique et artistique du peintre » aux dires des spécialistes, mérite vraiment qu’on se rende au Louvre.

En revanche, côté symbolique l’exposition reste totalement muette et c’est un manque. On aurait aimé y trouver quelques interprétations des symboles et codes cachés au sein du tableau. Par exemple, que signifie vraiment l’agneau : est-ce la passion du Christ ou Saint Jean-Baptiste qui a annoncé sa venue ? L’arbre est-il simplement un élément du décor ou le symbole de la généalogie de Marie, ou encore un symbole de sa fertilité ? Les sourires androgynes des visages sont-ils simplement une expression de plénitude ou démontrent-ils la preuve de l’homosexualité du peintre comme le disent quelques spécialistes? Enfin, qu’en est-il de cette image inconsciente du vautour caché parmi les drapés de Marie ? Il paraitrait qu’il est un écho à l’oiseau qui s’était posé sur le berceau de Léonard bébé… Chacun en tirera donc sa propre interprétation.

Musée du Louvre

75058 Paris

Tel. 01 40 20 53 17

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