Dans l’oeil d’Helmut Newton

Avec la crainte que l’exposition se termine comme initialement prévu le 17 juin avant que je n’ai eu le temps de la voir, j’ai couru ce week-end au Grand Palais pour admirer les photos d’Helmut Newton dans un parcours qui rassemble les grands thèmes phares de l’artiste : mode, luxe, sexe, humour, portraits et nus pour notre plus grand bonheur.

Au vu du succès de l’exposition, première rétrospective du photographe en France, il nous est conseillé de réserver nos billets en ligne mais en ce samedi soir pluvieux, pas de foule aux abords du Grand Palais. Et quel plaisir de découvrir les célèbres clichés de Newton en nocturne car l’atmosphère confère finalement encore plus de mystère au lieu. Sur cinq salles dont une centrale très spacieuse, l’exposition est vraiment à taille humaine et on réalise le parcours en moins d’une heure pour plus de 200 images quasi exclusivement des tirages originaux que l’on peut regrouper selon plusieurs thématiques.

La mode

Longtemps photographe de mode chez Vogue, Newton disait qu’il photographiait ce qu’il voyait. De la même façon il disait « Un bonne photographie de mode doit ressembler à tout sauf à une photographie de mode ». Comprendre entre les lignes qu’on est bien loin des poses-clichés et des fonds classiques actuels. De nombreux magazines aujourd’hui devraient en tirer une belle leçon car parmi tous les clichés de Newton, aucun n’est retouché ou travaillé. Ce qu’il a photographié est ce qui existe réellement. Drogués de Photoshop à vos Leica!!La nudité

Dans la grande salle principale de l’exposition, les clichés des nus de Newton sont superbes. Cette série de photos comme une armée de femmes puissantes magnifie les corps qui, libérés et décomplexés, s’affirment au grand jour. Alors bien sûr la révolution sexuelle est passée mais Newton donne le coup de grâce pour éradiquer les tabous. Pointe d’humour aussi pour sa série « habillé-déshabillé » lorsque côte à côte on découvre un premier cliché de mannequins habillés puis un second où elles sont nues, dans la même pose. Ou encore cette paire de photos d’un agent de police et juste à côté la seconde photo du même mannequin qui exhibe son pubis car elle ne porte plus que le haut de son uniforme. Newton donne presque le pouvoir magique au spectateur de voir en dessous des vêtements.

Même pour des photos de mode il déshabille ses modèles et c’est les corps sculpturaux presque architecturaux qui sont célébrés, mais toujours perchés sur talons hauts. On peut même apercevoir le reflet délicat de la lumière sur le duvet des ventres. Parfois, dans un style « porno chic » on retrouve des photos pour Playboy ; qu’elle est loin l’époque où les mannequins avaient des corps 100 % naturels absolument pas retouchés par la chirurgie esthétique : les seins, les sourires, les pommettes, les fesses… tout est vrai et cette authenticité naturelle est tellement plus belle !! Sans parler de pilosité qui est à des années lumières de nos pratiques actuelles complètement aseptisées : avec la révolution du « zéro poil » on « javellise » nos corps qui deviennent presque imberbes.La bestialité

En 1976, Newton réalise pour Hermès une série de photographies inattendues qui fait scandale : une femme en soutien gorge, pantalon d’équitation et bottes à éperons pose à quatre pattes sur un lit avec une selle de cheval posée sur le dos. Audacieuse et provocatrice cette photo peut sembler soumettre, voire assujettir la femme qui, en réalité, tient bien plus les rennes que le contraire.

De la même façon pour une enseigne de joaillerie Newton photographie en gros plan des mains qui déchiquettent une volaille. Très cru, on est comme dégouté par le geste, et ce n’est qu’à la seconde lecture, lorsque l’œil remarque les précieux bijoux au poignet et au doigt, que l’on saisit le génie de l’artiste.Le fétichisme

Helmut Newton disait : « J’adore la vulgarité. Je suis très attiré par le mauvais goût, plus excitant que le prétendu bon goût, qui n’est que la normalisation du regard. Les mouvements sado-maso, par exemple, me paraissent toujours très intéressants. J’ai en permanence dans le coffre de ma voiture des chaînes et des menottes, non pas pour moi mais pour mes photos ». Le ton est donné pour la quatrième salle qui présente des photos « provoc » avec des modèles enveloppées de chaînes et liens. Certaines sont d’ailleurs dérangeantes… et transmettent au spectateur une sensation de mal à l’aise.

L’obsession

Comme la grande majorité des artistes géniaux un peu fous de son époque, Newton avait des obsessions et les piscines en faisaient partie. Combien de photos humoristiques a-t-il fait au bord des piscines ? Entre plongeons insolites et poses improbables, ces clichés sont rigolos et anecdotiques puisque l’enfant qu’il était a eu du mal à s’habituer à l’eau : « Il a fallu me pousser dans l’eau tandis que je hurlais comme un cochon qu’on égorge, mais j’ai appris à nager ». J’aime tout particulièrement cette photo prise sur le vif où une femme fait la planche sur l’eau, la tête vers le bord, et un homme en plein plongeon (complètement à l’horizontal) semble être suspendu à un mètre juste au dessus d’elle. Les corps sont parfaitement parallèles et l’esthétique est très belle.

En définitive une très belle exposition qui place au centre la féminité dans ce qu’elle a de plus complexe et variée, témoin d’une époque. J’ai particulièrement apprécié les photos où Newton révèle les moindres détails des corps comme ce gros plan d’un escarpin en pointure 39 et où l’on aperçoit à travers le bas que porte une femme les ridules de sa cheville. La femme newtonienne est plurielle, elle a plusieurs visages : elle peut être redoutable, aguicheuse, séductrice, dominante, soumise, violente mais quoiqu’il en soit elle est toujours libérée et puissante à l’image de son photographe qui s’est libéré des contraintes imposées par l’époque et la mode. Newton a donc révolutionné le corps féminin comme l’a fait aussi avec la haute couture un certain Yves Saint Laurent dont deux photos grand format trônent dans l’exposition. Merci les hommes !

Attention si vous visitez l’exposition en nocturne car les portes ferment à 22h mais les vigiles nous poussent dehors (c’est vraiment ca!) à 21h45 et lumières éteintes on descend les marches dans le noir. J’ai donc une pointe de déception car je n’ai pas eu le temps de voir l’extrait du film réalisé par l’épouse du photographe, June Newton.

A acheter à la boutique en sortant pour les inconditionnels collectionneurs richissimes : un recueil en format géant des plus belles photographies de Newton, second exemplaire unique au monde dédicacé par l’artiste, vendu avec son trépied design conçu par le non moins célèbre Philippe Starck. Cout de l’ensemble : 10 000 €.

Exposition Helmut Newton (repoussée au 30 juillet)

Grand Palais

Avenue Winston Churchill

75008 Paris

Tel. 01 40 13 44 00

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