Magnifiquement Modigliani!

Actuellement à découvrir à la Pinacothèque de Paris l’exposition Modigliani, Soutine et l’aventure de Montparnasse qui met à l’honneur de grands peintres, et qui met aussi en lumière un collectionneur découvreur de talents, très peu connu, Jonas Netter.

Parmi l’un des plus passionnés voire insatiables collectionneurs du début du XXe siècle, Jonas Netter était exalté par l’art et la peinture. Fils d’un industriel alsacien à l’origine représentant en marques, Netter découvre l’une des toiles d’Amedeo Modigliani, encore inconnu à l’époque, chez Léopold Zborowski, marchand d’art polonais, et se décide à l’acquérir. Commence alors sa soif de collection puisqu’il achète toutes les toiles de l’artiste qu’il voit. De la même façon, il se passionne pour les peintres de l’Ecole de Paris avec notamment Soutine, Utrillo, Valadon… et se met à accumuler leurs œuvres. Nous sommes dans les années 1915 – 1930.

La passion bienveillante de Netter le pousse à établir un contrat, sorte de triumvirat avec Modigliani et Zborowski : pour un salaire quotidien de 15 francs en plus des frais de son matériel et de l’hôtel, le peintre s’engage à leur donner toute sa production artistique en échange de quoi le marchand polonais s’affaire à révéler son talent au sein des cercles artistiques influents de l’époque ; et bientôt la première exposition consacrée à Modigliani a lieu à Paris.

A l’origine passionné des Impressionnistes auxquels il ne peut acheter les toiles trop onéreuses, Netter devient de mécène de peintres pauvres et inconnus, mais à sa portée. Bien après ses achats frénétiques et au-delà de tout profit, mais simplement par passion, il devient le payeur de Zborowski qui passe des contrats d’exclusivité avec leurs artistes favoris.

 Dans la salle d’exposition consacrée à Modigliani, et même si l’on connait déjà les caractéristiques de ses portraits, on reste stupéfait par les étirements : les cous et les nez  notamment sont allongés pour créer des silhouettes féminines dont la sensualité de la ligne arrondie des épaules et la pose sage et réservée leur confère un sentiment de mélancolie. Mais ne sont-elles pas plutôt contenues ou retenues dans leurs attitudes ? La profondeur de leur regard, parfois vide ou impassible au premier coup d’œil, semble nous avertir de leur lucidité comme si elles étaient des femmes éclairées ayant acquis la sagesse de l’expérience après laquelle on court…

« Emerveillé » aussi peut être un sentiment ressenti devant la Fillette en bleu, portrait de 1918, dont les nuances de couleur font porter au tableau comme une aura protectrice, si son ombre délicate reportée sur le mur ne nous faisait pas remarquer qu’elle est simplement humaine. Il ressort de cette toile comme une douceur innocente, merveilleuse et on presque envie de s’approcher de cette petite fille tendre pour lui faire un bisou.

Séduite par cette toile merveilleuse de la petite fille en bleu de Modigliani que je garde comme une jolie découverte, je quitte l’exposition avec une petite déception car je m’attendais vraiment à ce que ses toiles soient plus nombreuses (15 seulement parmi 125 toiles au total). Mais en toute objectivité, n’était-ce pas le souhait premier de Netter justement de diffuser les œuvres de peintres méconnus pour les faire découvrir au grand public ??

L’exposition reste donc fidèle au but premier du collectionneur et au-delà de son aspect artistique elle nous permet de mieux comprendre la relation de trio qui existait entre les argentiers, les marchands d’art et les artistes, relation parfaitement retranscrite au travers d’une correspondance épistolaire présente entre les toiles à l’image de cette lettre d’Utrillo adressée à Netter :

« Très cher Monsieur, la situation est terrible pour moi, et il faut que j’aie recours à votre obligée protection pour me faire soigner dans cette maison de santé qui serait pour moi l’ultime salut. Mais il faut avant tout que nous nous entendions cordialement pour les conditions qui s’y rapportent conséquemment (…). Dites moi Monsieur le nombre de tableaux que je pourrais vous assurer, vous conviendrait-il que j’en confectionnasse par exemple 8 à 10 par mois, pendant toute la durée de mon internement. Vous me direz ce que vous voulez et je m’efforcerai dans toute la mesure du possible de vous rendre satisfaction. Il faut absolument me faire soigner car je suis dans un état de dépression physique, surtout intellectuelle et morale des plus inquiétant et je vais vers vous, le bon sauveur. Il faut me guérir bien car sans cela je crois que je vais filer un mauvais coton.

(…) Au revoir cher Monsieur et veuillez recevoir mes salutations tristes, mes meilleures amitiés et l’expression de mes civilités.

Maurice Utrillo, Paris le vendredi 30 janvier 1918

Pinacothèque de Paris

28, place de la Madeleine

75008 Paris

Tel: 01 42 68 02 01

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